Valderrama : un parfum de perfection

Considéré comme l’un des plus beaux parcours de golf du monde, Valderrama est un vrai must pour les connaisseurs. Le club andalou vit en dehors du temps, sur les hauteurs de Sotogrande. Visite guidée dans un lieu sacré.

De l’avis unanime, c’est l’un des plus beaux parcours d’Europe, voire du monde. Niché sur les hauteurs de Sotogrande, au Sud de l’Espagne, Valderrama est un nom magique qui fait rêver tous les golfeurs. Ce n’est pas un hasard s’il est, à ce jour, le seul club continental à avoir accueilli une Ryder Cup. C’était en 1977 : une véritable révolution dans l’histoire du golf !

Véritable jardin botanique manucuré par une armada de jardiniers (ils sont plus de quarante à plein temps), le parcours andalou est d’une beauté absolue, presque gênante pour les golfeurs qui ont tout intérêt à ne pas se laisser distraire par le décor de carte postale. Car le défi sportif est à la hauteur de la majesté des lieux. Les pièges sont omniprésents, discrets, souvent cachés mais bien réels.

A l’instar de l’Augusta National, ce parkland de légende n’accepte pas les coups moyens. Entre les gigantesques bunkers blancs, les fameux pins parasols, les obstacles d’eau et, surtout, les redoutables greens, le visiteur-joueur n’a guère l’occasion de sortir son appareil photo ou de se transformer en poète. Il se doit d’être concentré du premier au dernier trou sous peine de ramener une piètre carte au clubhouse. Ce n’est pas un hasard si, même les pros, éprouvent les plus grandes difficultés à jouer le par sur ce parcours tant les défis sont nombreux et sournois.

L’œuvre de Jaime Ortiz Patino

Station balnéaire haut de gamme et exclusive, Sotogrande a vu le jour au début des années soixante, à l’initiative de Joseph McMicking, un riche Américain tombé sous le charme de cette région située en face du Rocher de Gibraltar, entre mer Méditerranée et océan Atlantique. En 1974, Robert Trent Jones y avait construit, sur les hauteurs, un magnifique parcours de golf baptisé « Los Aves ». Lorsqu’en 1984, il fut question de vendre ce joyau, quelques membres du club se portèrent acquéreurs. Parmi eux Jaime Ortiz Patino,  un puissant industriel bolivien, passionné de golf. Ensemble, ils rachetèrent donc les lieux et rebaptisèrent le club « Valderrama », du nom d’une des fermes de McMicking…
Rapidement, Ortiz Patino devint majoritaire et décida de faire de Valderrama un parcours unique en son genre. Une vraie référence capable d’accueillir les plus grands tournois de la planète. Un « championship course » de légende.

Le défi était gigantesque. « Los Aves » n’avait, en effet, guère été entretenu. Patino rappela donc Trent Jones qui apporta différentes modifications au dessin original. Et les bulldozers se chargèrent du reste. Durant plusieurs mois, des centaines de camions se relayèrent, sept jours sur sept, pour transporter terre et sable. Des milliers d’arbres furent plantés. Un vrai travail de titan. Mais rien  n’était trop beau ou trop cher pour Patino, perfectionniste dans l’âme.
Le résultat fut à la hauteur de l’investissement. En 1988, Valderrama accueillait, en grande pompe, le Volvo Masters, véritable finale du Tour européen. Et la grande famille du golf international découvrait un pur chef d’œuvre. Un soir, sur la terrasse, Robert Trent Jones confia à Don Jaime avoir signé, là, le plus beau parcours de sa carrière d’architecte. Un aveu qui vaut tous les discours !

Ryder Cup 1997

Depuis cette époque, Valderrama est devenu un parcours incontournable et fait l’orgueil du golf espagnol, en général, et andalou, en particulier. Il n’est pas un joueur qui ne rêve d’un jour fouler les fairways de ce lieu-culte, sis dans la province de Cadix.

A l’instar de St.Andrews, de Pebble Beach ou de l’Augusta National, le parcours illumine les songes de tous les amoureux de swing.
Il doit, en partie, cette notoriété à l’organisation de la Ryder Cup en 1997. Jusqu’alors, toutes les éditions de cette compétition historique  s’étaient déroulées soit aux Etats-Unis, soit en Grande-Bretagne. Conscient de posséder, à Sotogrande, un parcours d’exception, Jaime Ortiz Patino usa de toute son influence pour convaincre les décisionnaires anglo-saxons d’élire résidence sous le soleil andalou. Il put compter dans son opération de charme sur un allié aux mains très longues et au charisme dévastateur : Severiano Ballesteros.
Ami personnel de Patino et amoureux fou de Valderrama, le champion espagnol apporta tout son soutien à la candidature. En geste et en paroles. Et il parvint à convaincre, une à une, toutes les instances. Un vrai tour de force sachant combien la Ryder Cup est allergique aux évolutions !
Ainsi donc, du 26 au 28 septembre de l’an de grâce 1997, Valderrama s’érigea en centre du monde et accueillit les stars du swing mondial pour ce traditionnel duel entre Américains et Européens. Curieusement, dans cette région où le soleil darde ses rayons 300 jours par an, le ciel avait décidé de cracher son venin sur les fairways. Comme pour donner un parfum…british à la compétition ! Cela n’empêcha pas celle-ci de se dérouler parfaitement. Et cerise sur le gâteau, l’équipe européenne – avec Severiano Ballesteros comme capitaine – s’imposa (14 ½ – 13 ½) face aux Etats-Unis…

Un parcours diabolique

Depuis cette date, Valderrama est devenu un véritable lieu de pèlerinage pour les disciples de St.Andrews. Et, bien sûr, un arrêt quasiment obligatoire pour les stars du golf mondial. Le club a ainsi été le théâtre de nombreuses grandes compétitions, dont une manche mémorable de l’American Express World Golf Championship remportée, en 1999, par Tiger Woods. Au sommet de son art, l’Américain avait sorti le grand jeu et signa quelques coups d’anthologie.

Au vrai, Valderrama récompense toujours les meilleurs joueurs. Le parcours recèle, en effet, tous les pièges et oblige, chaque fois, le champion à inventer des coups parfois impossibles. Ce parkland diabolique et cérébral ne pardonne rien et chaque erreur se paye au comptant, fût-on mécontent.
Quelques trous sont emblématiques. On pense, par exemple, au n°4, un par 5 qui se termine sur un green aux mille pentes ceinturé par une cascade d’eau. Un vrai défi technique et tactique. L’immense bunker du trou n°8 marque également les esprits : un bédouin s’y perdrait ! Et que dire du mythique trou n°17, un par 5 que les plus audacieux tentent d’atteindre en deux coups en prenant un maximum de risques. Attention : le green d’arrivée, redessiné par Ballesteros en personne, est en pente. Et les balles mal calibrées reviennent volontiers en arrière pour se retrouver – comme par enchantement – dans l’obstacle d’eau voisin ! Combien d’illusions n’ont pas été perdues sur ce trou où la sagesse s’impose…
En réalité, les 18 trous de ce parcours sont délicats à négocier. De multiples chênes-lièges et des oliviers balisent les fairways. Leurs branches semblent aimantées pour accueillir les balles. Le rough, subtil, joue également son rôle. Et même lorsque le drive est parfait, il faut au joueur dompter des approches millimétrées.
Ceci dit, ce sont les greens qui font, surtout, la réputation de Valderrama. Ils sont aussi rapides que les circuits de F1 et aussi illisibles que le hiéroglyphe égyptien ! Lorsqu’un joueur y dépose sa balle, c’est comme si une nouvelle aventure commençait. Pas besoin d’un dessin : trois putts suffisent souvent au bonheur du visiteur, tant les pentes sont vicieuses et les double ou triple plateaux nombreux…

D’une infinie beauté

Valderrama est un club de membres. Comprenez qu’il est officiellement réservé aux vénérables « socios » – dont quelques Belges – qui acquittent un droit d’entrée tenu secret et une cotisation. Il est néanmoins possible aux visiteurs de jouer ce parcours sous certaines conditions. Un Handicap de 24 (pour les Messieurs) et de 32 (pour les Dames) est réclamé. Et le prix du greenfee est à la mesure de l’exclusivité des lieux : 300 euros en semaine et 320 euros le week-end, sur réservation uniquement. Le coût est évidemment moindre si le joueur est invité par un membre. Mais quand on aime, on ne compte pas ! Et on savoure, en épicurien, le moment présent.
Dès son arrivée sous le portique d’entrée, où le garde veille, le visiteur est pris en charge. Un employé sert de bagagiste et retire le sac de golf du coffre de la voiture pour l’emmener devant le clubhouse. Le practice, immense, se marie au loin avec le paysage. Le joueur pourra y taper des balles 45 minutes avant son heure de départ. Ni plus, ni moins. Pour patienter, il pourra juste faire le plein de souvenirs au Pro-shop où le logo du club est un hymne au merchandising. Et tout est l’avenant. Ici, le golf est élevé au rang de religion avec ses rituels.
Un autre employé vous conduit, à l’heure dite, au tee numéro un. D’une politesse exquise, il vous souhaite la bienvenue et en profite, discrètement, pour vérifier la qualité de votre swing, histoire de préserver éventuellement le terrain.

Le parcours terminé, il est de bon ton de refaire sa carte dans les salons ou sur la terrasse du clubhouse. L’occasion est belle de s’imprégner de la magie des lieux et de jeter un œil sur les photos d’époque qui garnissent les murs. Tous les grands noms du golf contemporain y ont  droit de cité. Oui, Valderrama est une destination à part qui mélange tradition et défi sportif…